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Une grande famille, mais aussi une rue de
Walincourt.
Le voyage ne se fait pas sans mal. Le pasteur Pannier affirme quon emporte deux paires de sabots : une que lon use à laller, lautre pour le retour. On loge dans des familles protestantes qui indiquent la route à suivre et lon va, détape en étape, par Caullery, Caudry, Quiévy, Saulzoir, Valenciennes jusquà Tournai en léglise de la Barrière. Lenfant grandit dans le cercle de famille. Son grand-père paternel, André Cattelain est décédé depuis sept ans. Sa grand-mère, Marie Marguerite Truffez vient de mourir en février dernier. Le curé de Walincourt, Gilles Albert Lambert a noté ces décès dans son registre dune façon assez désobligeante. Voyez plutôt :
Et puis, il y a cet oncle, Jean Baptiste. Il est parti, lui aussi, en mai 1763 à Tournai pour se marier avec Marguerite Potel, ce qui lui vaudra le surnom de " Potelot ". Cest un mulquinier (tisseur) fort déterminé. Il agrandit son activité et crée un atelier dans lequel sont employés une quarantaine douvriers. Il bavarde souvent avec son neveu Charles Louis, lui montre les injustices de lAncien Régime. Il en profite pour lui inculquer les valeurs morales quune famille se doit dapporter à ses enfants : respect dautrui, justice pour tous même les plus humbles, charité, entraide, Ces conseils, ajoutés aux exemples parentaux, rendent Charles Louis sensible aux malheurs qui touchent les Walincourtois. Depuis 1770, un nouveau curé est arrivé à Walincourt, Pierre Joseph Larme, mais les rapports nont pas changé avec les Protestants. En septembre 1773, un violent incendie ravage le village et plus de cent chaumières sont brûlées. Charles Louis voit le malheur sabattre sur beaucoup de familles paysannes qui navaient pas besoin de cela. En novembre 1777, son oncle Jean Baptiste est dénoncé, arrêté et emprisonné à Landrecies pour avoir organisé chez lui une réunion de plusieurs centaines de Protestants, réunion à laquelle un pasteur hollandais est venu prêcher. Charles Louis ressent linjustice et, avec la fougue dun garçon de seize ans, il va tout faire pour obtenir la libération de son oncle. Une pétition est envoyée à lintendant Sénac de Meilhan à Valenciennes. Elle est signée par les ouvriers de latelier de tissage qui réclament la libération de celui qui leur apportait jusqualors argent et nourriture pour leurs enfants. A peine libéré, cet oncle courageux engage, avec un grand nombre de Protestants du Cambrésis, un procès contre les curés qui enregistrent les naissances denfants protestants comme des enfants illégitimes. Il obtient gain de cause. Mais à Walincourt, comme dans toute la France, on sent naître le bouillonnement révolutionnaire, précurseur de futurs changements. Charles Louis a eu loccasion de rencontrer à plusieurs reprises Marie Madeleine Malfuson. Cest la fille dun couple protestant de marchands merciers de Brancourt le Grand dans lAisne. Eux aussi ont aidé au passage vers la Belgique de beaucoup de Protestants venus de lOise en passant par Saint-Quentin et Charles Louis va épouser la jeune mercière à Tournai. Une fille, Marie Louise Célestine naît en 1784, puis Marie Mélanie Joseph en 1786 et Marie Madeleine en 1787. Cest la joie dans le ménage et Charles Louis redouble dardeur dautant quil aimerait, comme son oncle, faire travailler des Walincourtois et leur apporter ainsi un peu de bonheur. En juin 1788, Nicolas Malfuson, le père de Madelon décède à Brancourt. Sa veuve, Madeleine Delassus continue son petit commerce de mercerie. Dans le Cambrésis, des émeutes commencent à naître. La Révolution de 1789 arrive. Les paysans se révoltent contre les seigneurs. Celui de Walincourt, François Maximilien de la Woestine, marquis de Bécelaer, devenu veuf, pour se donner une apparence de sentiments démocratiques, se marie avec Marguerite Bonnefond, la femme de chambre de feue Madame la marquise. Il sera quand même guillotiné à Cambrai par ordre du sinistre Joseph Lebon. Pendant ce temps, une municipalité se met en place à Walincourt et Melchior Cattelain est deuxième notable en 1790. Les Cattelain participent à la vie publique. Une sur de Madelon, Marie Marguerite Rosalie et un frère, Jacques se marient entre temps à Brancourt. La famille de Charles Louis sagrandit de plusieurs naissances. David en 1792, les jumelles Judith et Rosalie en 1794, Damarice en 1796. Madelon na pas une minute à perdre mais quelle période heureuse ! Cette joie est ternie pourtant par des décès : celui de sa belle mère à Brancourt et celui de sa mère à Walincourt, mais cest la vie. Plus que jamais, les Cattelain témoignent dune foi inébranlable. En 1797, loncle Jean Baptiste propose une maison lui appartenant comme temple. Damarice Cattelain meurt à 2 ans. Un oncle de son épouse est retrouvé noyé à Brancourt. Sa tante Marguerite Potel décède. Loncle Jean Baptiste se remarie avec Madeleine Taisne. Si en 1804, son père Melchior meurt, Madelon a donné le jour à dautres enfants : Joseph André, Charles Louis et Pierre Joseph. On travaille en famille et on ne se plaint pas. Il y a tant de malheureux autour ! Les premiers enfants ont grandi. En 1806, la fille aînée, Marie Louise Célestine se marie avec Jean Philippe Gonthier. Avec son gendre, Charles Louis va commencer, à une plus grande échelle, la fabrication des toilettes, ces toiles fines très recherchées. Charles Louis profite de loccasion. On vend justement les pierres du château de Walincourt que lon démonte. Il va les utiliser pour faire construire une maison dans laquelle il sinstalle. Il sagit de lancien atelier en pierres blanches près de chez Eric Blondiaux. A cette époque, on dispose dun lieu de culte à Walincourt et un pasteur arrive. Cest Pierre Elie Larchevêque. Ce jeune homme vient de Luneray en Normandie. Il organise une vie protestante active. Il marie Marie Mélanie Joseph, une autre fille de Charles Louis, avec Benjamin Devigne. Charles Louis est grand père et cest Pierre Elie qui célèbre les baptêmes. Les visites du pasteur sont fréquentes à la maison des Cattelain. Marie Madeleine Cattelain séprend du visiteur et le mariage a lieu en 1815. Cest un beau mariage célébré par deux pasteurs : Alexandre Matile dHargicourt et Antoine Colagny de Bohain qui sont témoins à la mairie. Les années 1815 et 1816 vont être pénibles car il perd successivement une petite-fille de 3 mois, un petit-fils de 8 ans. La foi aide Charles Louis à surmonter ces moments difficiles. Il est toujours sensible aux malheurs qui lenvironnent et est toujours prêt à aider celui qui a besoin dun bras secourable. En mars 1916, une grave maladie touche la famille Cattelain. Le 21, Charles Louis perd sa fille Rosalie, le 26, son fils Joseph André et le 30, cest sa femme Marie Madeleine qui meurt. En dix jours, la famille est décimée. Grâce aux douceurs dune parenté unie, Charles Louis se remet de son malheur. Il redouble dardeur et continue son commerce de toilettes. Lentreprise a maintenant des représentants qui voyagent et démarchent la production. Charles Louis gagne de largent quil utilise pour faire le bien autour de lui. En 1826, son fils Charles Louis se marie avec Félicité Claisse. En 1829, cest au tour de son fils Pierre Joseph. Les naissances succèdent aux mariages. Charles Louis a alors 68 ans mais il continue à soccuper des affaires avec son gendre Jean Philippe qui agrandit lentreprise. On a fait construire une maison dhabitation derrière les ateliers. Cest là quil vit avec sa famille. En 1831, Charles Louis assiste au mariage dune de ses petites-filles, Marie Reine Cattelain avec Jacques Joseph Cattelain. Dautres naissances viendront encore réjouir la fin de sa vie mais, la maturité de laïeul le rend toujours très sensible aux malheurs qui lentourent. Ses enfants sont maintenant établis. Ils nont plus besoin de son aide. Lui na plus besoin de grand chose. Il décide alors de donner aux pauvres. Il lègue alors des terres dont il na que faire au bureau de bienfaisance de Walincourt. Il terminera ainsi ses dernières années avec le sentiment dune vie bien remplie, du devoir accompli, davoir fait ce que sa foi et sa morale religieuse lui dictaient. Il séteint le 23 février 1842, âgé de 83 ans. Toute sa vie durant, il aura été attentif à la misère des autres quil aura adoucie et soulagée. Son action restera longtemps dans la mémoire collective du village. Il faudra cependant attendre lannée 1928, soit 86 ans après, pour que le conseil municipal prenne une délibération :
En lan 2000, reste-t-il des descendants de Charles Cattelain ? Oui, ce sont les familles Cattelain, Blondiaux, Hutin, Gonthier, Maillot, et jen oublie sans doute. Si le XXIème siècle doit être le siècle de la solidarité, alors, Charles Cattelain reste dactualité. Marc Maillot Sources
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