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27 May 2017

Huguenots-Picards

Histoire & généalogies protestantes

en Picardie, Cambrésis, Hainaut, Thiérache & Vermandois

Charles CATTELAIN : Une grande famille, et une rue de Walincourt

Actes de Naissance de Charles Cattelain Charles Louis Cattelain naît à Walincourt le 20 juin 1761, dans une petite maison de la rue des Anes, l’actuelle rue Pasteur. C’est le premier enfant de Melchior Cattelain et de Marie Madeleine Taisne. Ses parents se sont mariés au mois d’août précédent mais … à Tournai. En effet, depuis 1685, Louis XIV avait révoqué le fameux Edit de Nantes qu’Henri IV avait signé et qui accordait alors aux Protestants le droit de pratiquer leur religion sans être inquiétés. Depuis cette date, il faut aller jusqu’en Belgique pour être baptisé ou marié par un ministre protestant.

Le voyage ne se fait pas sans mal. Le pasteur Pannier affirme qu’on emporte deux paires de sabots : une que l’on use à l’aller, l’autre pour le retour. On loge dans des familles protestantes qui indiquent la route à suivre et l’on va, d’étape en étape, par Caullery, Caudry, Quiévy, Saulzoir, Valenciennes jusqu’à Tournai en l’église de la Barrière.

L’enfant grandit dans le cercle de famille. Son grand-père paternel, André Cattelain est décédé depuis sept ans. Sa grand-mère, Marie Marguerite Truffez vient de mourir en février dernier. Le curé de Walincourt, Gilles Albert Lambert a noté ces décès dans son registre d’une façon assez désobligeante. Voyez plutôt :

Sépulture : L’an mil sept cent cinquante quatre, le dix-sept de janvier est décédé André Cattelain, hérétique déclaré ou plutôt sans aucune religion mais obstiné contre l’église catholique, âgé de soixante-douze ans et enfoui dans son jardin le dix-huit du même mois. Lambert, curé de Walincourt

Sépulture huguenotte : L’an mil sept cent soixante un le treize de février est décédée Marguerite Truffez, hérétique déclarée et apostate, âgée d'environ soixante-six ans, veuve d'André Catelain ancien huguenot, séducteur de laditte femme, inhumée comme luy dit-on dans son étable, sépulture ordinaire et digne de pareils gens. Lambert curé.

Et puis, il y a cet oncle, Jean Baptiste. Il est parti, lui aussi, en mai 1763 à Tournai pour se marier avec Marguerite Potel, ce qui lui vaudra le surnom de " Potelot ". C’est un mulquinier (tisseur) fort déterminé. Il agrandit son activité et crée un atelier dans lequel sont employés une quarantaine d’ouvriers. Il bavarde souvent avec son neveu Charles Louis, lui montre les injustices de l’Ancien Régime. Il en profite pour lui inculquer les valeurs morales qu’une famille se doit d’apporter à ses enfants : respect d’autrui, justice pour tous même les plus humbles, charité, entraide, …

Ces conseils, ajoutés aux exemples parentaux, rendent Charles Louis sensible aux malheurs qui touchent les Walincourtois. Depuis 1770, un nouveau curé est arrivé à Walincourt, Pierre Joseph Larme, mais les rapports n’ont pas changé avec les Protestants. En septembre 1773, un violent incendie ravage le village et plus de cent chaumières sont brûlées. Charles Louis voit le malheur s’abattre sur beaucoup de familles paysannes qui n’avaient pas besoin de cela.

En novembre 1777, son oncle Jean Baptiste est dénoncé, arrêté et emprisonné à Landrecies pour avoir organisé chez lui une réunion de plusieurs centaines de Protestants, réunion à laquelle un pasteur hollandais est venu prêcher. Charles Louis ressent l’injustice et, avec la fougue d’un garçon de seize ans, il va tout faire pour obtenir la libération de son oncle. Une pétition est envoyée à l’intendant Sénac de Meilhan à Valenciennes. Elle est signée par les ouvriers de l’atelier de tissage qui réclament la libération de celui qui leur apportait jusqu’alors argent et nourriture pour leurs enfants.

A peine libéré, cet oncle courageux engage, avec un grand nombre de Protestants du Cambrésis, un procès contre les curés qui enregistrent les naissances d’enfants protestants comme des enfants illégitimes. Il obtient gain de cause. Mais à Walincourt, comme dans toute la France, on sent naître le bouillonnement révolutionnaire, précurseur de futurs changements.

Charles Louis a eu l’occasion de rencontrer à plusieurs reprises Marie Madeleine Malfuson. C’est la fille d’un couple protestant de marchands merciers de Brancourt le Grand dans l’Aisne. Eux aussi ont aidé au passage vers la Belgique de beaucoup de Protestants venus de l’Oise en passant par Saint-Quentin et Charles Louis va épouser la jeune mercière à Tournai. Une fille, Marie Louise Célestine naît en 1784, puis Marie Mélanie Joseph en 1786 et Marie Madeleine en 1787. C’est la joie dans le ménage et Charles Louis redouble d’ardeur d’autant qu’il aimerait, comme son oncle, faire travailler des Walincourtois et leur apporter ainsi un peu de bonheur. En juin 1788, Nicolas Malfuson, le père de Madelon décède à Brancourt. Sa veuve, Madeleine Delassus continue son petit commerce de mercerie.

Dans le Cambrésis, des émeutes commencent à naître. La Révolution de 1789 arrive. Les paysans se révoltent contre les seigneurs. Celui de Walincourt, François Maximilien de la Woestine, marquis de Bécelaer, devenu veuf, pour se donner une apparence de sentiments démocratiques, se marie avec Marguerite Bonnefond, la femme de chambre de feue Madame la marquise. Il sera quand même guillotiné à Cambrai par ordre du sinistre Joseph Lebon.

Pendant ce temps, une municipalité se met en place à Walincourt et Melchior Cattelain est deuxième notable en 1790. Les Cattelain participent à la vie publique.

Une sœur de Madelon, Marie Marguerite Rosalie et un frère, Jacques se marient entre temps à Brancourt. La famille de Charles Louis s’agrandit de plusieurs naissances. David en 1792, les jumelles Judith et Rosalie en 1794, Damarice en 1796. Madelon n’a pas une minute à perdre mais quelle période heureuse !

Cette joie est ternie pourtant par des décès : celui de sa belle mère à Brancourt et celui de sa mère à Walincourt, mais c’est la vie. Plus que jamais, les Cattelain témoignent d’une foi inébranlable. En 1797, l’oncle Jean Baptiste propose une maison lui appartenant comme temple. Damarice Cattelain meurt à 2 ans. Un oncle de son épouse est retrouvé noyé à Brancourt. Sa tante Marguerite Potel décède. L’oncle Jean Baptiste se remarie avec Madeleine Taisne. Si en 1804, son père Melchior meurt, Madelon a donné le jour à d’autres enfants : Joseph André, Charles Louis et Pierre Joseph. On travaille en famille et on ne se plaint pas. Il y a tant de malheureux autour !

Les premiers enfants ont grandi. En 1806, la fille aînée, Marie Louise Célestine se marie avec Jean Philippe Gonthier. Avec son gendre, Charles Louis va commencer, à une plus grande échelle, la fabrication des toilettes, ces toiles fines très recherchées. Charles Louis profite de l’occasion. On vend justement les pierres du château de Walincourt que l’on démonte. Il va les utiliser pour faire construire une maison dans laquelle il s’installe. Il s’agit de l’ancien atelier en pierres blanches près de chez Eric Blondiaux.

A cette époque, on dispose d’un lieu de culte à Walincourt et un pasteur arrive. C’est Pierre Elie Larchevêque. Ce jeune homme vient de Luneray en Normandie. Il organise une vie protestante active. Il marie Marie Mélanie Joseph, une autre fille de Charles Louis, avec Benjamin Devigne. Charles Louis est grand père et c’est Pierre Elie qui célèbre les baptêmes. Les visites du pasteur sont fréquentes à la maison des Cattelain. Marie Madeleine Cattelain s’éprend du visiteur et le mariage a lieu en 1815. C’est un beau mariage célébré par deux pasteurs : Alexandre Matile d’Hargicourt et Antoine Colagny de Bohain qui sont témoins à la mairie.

Les années 1815 et 1816 vont être pénibles car il perd successivement une petite-fille de 3 mois, un petit-fils de 8 ans. La foi aide Charles Louis à surmonter ces moments difficiles. Il est toujours sensible aux malheurs qui l’environnent et est toujours prêt à aider celui qui a besoin d’un bras secourable. En mars 1916, une grave maladie touche la famille Cattelain. Le 21, Charles Louis perd sa fille Rosalie, le 26, son fils Joseph André et le 30, c’est sa femme Marie Madeleine qui meurt. En dix jours, la famille est décimée.

Grâce aux douceurs d’une parenté unie, Charles Louis se remet de son malheur. Il redouble d’ardeur et continue son commerce de toilettes. L’entreprise a maintenant des représentants qui voyagent et démarchent la production. Charles Louis gagne de l’argent qu’il utilise pour faire le bien autour de lui. En 1826, son fils Charles Louis se marie avec Félicité Claisse. En 1829, c’est au tour de son fils Pierre Joseph. Les naissances succèdent aux mariages. Charles Louis a alors 68 ans mais il continue à s’occuper des affaires avec son gendre Jean Philippe qui agrandit l’entreprise. On a fait construire une maison d’habitation derrière les ateliers. C’est là qu’il vit avec sa famille.

En 1831, Charles Louis assiste au mariage d’une de ses petites-filles, Marie Reine Cattelain avec Jacques Joseph Cattelain. D’autres naissances viendront encore réjouir la fin de sa vie mais, la maturité de l’aïeul le rend toujours très sensible aux malheurs qui l’entourent. Ses enfants sont maintenant établis. Ils n’ont plus besoin de son aide. Lui n’a plus besoin de grand chose. Il décide alors de donner aux pauvres. Il lègue alors des terres dont il n’a que faire au bureau de bienfaisance de Walincourt.

Il terminera ainsi ses dernières années avec le sentiment d’une vie bien remplie, du devoir accompli, d’avoir fait ce que sa foi et sa morale religieuse lui dictaient. Il s’éteint le 23 février 1842, âgé de 83 ans. Toute sa vie durant, il aura été attentif à la misère des autres qu’il aura adoucie et soulagée. Son action restera longtemps dans la mémoire collective du village.

Il faudra cependant attendre l’année 1928, soit 86 ans après, pour que le conseil municipal prenne une délibération :

Plaque commémorative en Mairie de Walincourt Le sept juin mil neuf cent vingt-huit, à la demande de Monsieur Camille Proy, Monsieur le Maire fait connaître au conseil municipal que les rues du Champeau, Pré Flourette et de la Briqueterie ne forment qu’une seule et même rue et ne devraient avoir qu’une seule dénomination ;

Que ces noms n’ont aucun caractère historique et ne reflètent aucune couleur locale digne d’être conservée

Que pour transmettre à la postérité et témoigner une reconnaissance spéciale à Charles Louis Cattelain, bienfaiteur du bureau de bienfaisance de Walincourt, il propose que les rues du Champeau, Pré Flourette et de la Briqueterie s’appellent désormais rue Charles Louis Cattelain.

Le conseil municipal, entrant dans les vues de M. le Maire et pour les motifs qu’il a exposés adopte la proposition.


En l’an 2000, reste-t-il des descendants de Charles Cattelain ? Oui, ce sont les familles Cattelain, Blondiaux, Hutin, Gonthier, Maillot, et j’en oublie sans doute.

Si le XXIème siècle doit être le siècle de la solidarité, alors, Charles Cattelain reste d’actualité.

Marc Maillot


Sources
Etats civils de Walincourt et de Brancourt le Grand.
Délibérations des conseils municipaux de Walincourt.
"Histoire des Protestants de Walincourt, Caudry et autres lieux du Cambrésis" par Jacques Pannier
"Notice historique sur Walincourt" par J.B. Blin

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