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14 Dec 2017

Huguenots-Picards

Histoire & généalogies protestantes

en Picardie, Cambrésis, Hainaut, Thiérache & Vermandois

Témoignages autour de Ph. A. Cattelain

"Agricol" : un portrait par son ami André GILL, dans son livre "Vingt années de Paris" - C. Marpon & E. Flammarion éditeurs 1883, avec une préface d'Alphonse Daudet
l'agitateur suivi par la préfecture de police : deux rapports des renseignements généraux de l'époque,
dans un courrier pathétique adressé à Macé, son successeur à la tête de la Sûreté, Philippe Auguste CATTELAIN, fait état de ses problèmes de santé, et de ses difficultés matérielles ...

Son ami André Gill nous en fait, dans son livre, le portrait suivant :

"... Et sautant à bas du lit, je précipitai ma toilette, interrogeant, par secousses, mon camarade occupé à fumer des cigarettes et à taquiner un poids de quarante qui me suit depuis l'adolescence... Un peu rude, mon camarade : moitié ouvrier, moitié artiste, hardiment bâti, têtu, Breton d'origine (?), faubourien d'habitudes, nous l'appelions Agricol à cause de sa ressemblance avec un personnage de roman d'Eugène Sue. Autre part, peut-être, je dirai son véritable nom. L'exercice violent lui est indispensable; et jamais la gravure en taille-douce à laquelle il était destiné, qu'il exerça par intervalles, non sans talent, n'a pu apaiser le tourment de ses muscles. Avec cela, une sorte de curiosité invincible des métiers populaires. Je l'ai connu, tour à tour, peintre, cordonnier, forgeron, déménageur. Comme déménageur, il aimait monter un piano, sur ses épaules, au cinquième étage, et, là, le placer, l'ouvrir et en jouer, au grand ébahissement du ou de la locataire. Un "drôle de corps", comme vous voyez. Il est, lui-même le dit, rustique, et, j'ajoute, mal commode à malmener. Fier d'ailleurs, enclin à l'héroïsme et aux grands mouvements du cœeur. Voici un fait : Engagé des premiers, au moment de la guerre, dans les francs-tireurs de Mocquart, il partit battre la plaine avec sa compagnie, puis tomba malade : il avait rencontré la petite vérole noire qui courut le guilledou en ce temps. Sa face énergique était belle, de ligne régulière et pure; elle est, depuis lors, couturée, labourée. Tant bien que mal, s'accrochant aux arbres, rampant le long des buissons, se reposant au bord des fossés, il revint seul, se traîna jusque dans Paris, frappa à la porte d'une ambulance, y fut recueilli. Là, dans le crépuscule des salles d'agonie et le frisson somnolent de la fièvre, un fragment de journal tomba entre ses mains; il y put lire qu'on promettait des pensions aux veuves de soldats victimes du siège. Il avait une maîtresse, une pauvre fille débile, rachitique, à ce point que, nommant l'homme Agricol, nous appelions sa femme la Mayeux, une chétive créature qui s'était abandonnée éperdument à ce grand garçon. Il la fit venir, l'épousa, comptant mourir et lui laisser du pain... Pour "peuple" que soit mon homme, on voit qu'il s'en peut rencontrer de plus vulgaires ...

A la préfecture de Police, le service des Garnis (ancêtre de nos RG) nous en fait un portrait un peu différent...

Rapport du 24 août 1872 : "Le nommé Cattelain, Philippe Auguste, qui fait le sujet de la note ci-jointe, est né à Paris, le 6 février 1838. Il est marié et n'a pas d'enfants. Il exerce la profession de graveur sur acier et a travaillé pendant 10 ans chez le sieur Bonnard, chaussée du Maine, n°87, qui le représente comme un ouvrier très habile. Il demeurait passage des Poissonniers n°16, où sa femme et sa belle-mère occupent encore un logement de 180F de loyer. Durant le siège, il appartenait comme sergent, au corps des francs-tireurs Lafont-Mocquart : Du 18 Avril au 21 Mai 1871, il usurpa à la Préfecture de Police les fonctions de chef de la Sûreté, puis, pour échapper aux troupes qui venaient d'entrer à Paris, il se cacha à l'Hôtel-Dieu, Salle St Alexis, où il ne resta que pendant quelques jours. Doué d'une force herculéenne, Cattelain était la terreur de son quartier, lors de la guerre civile, et, quand il s'élevait une discussion, il faisait la loi à coups de poing. Arrêté, le 3 Août 1871 (On apprend par un PV de la préfecture de police de Clignancourt, qu'en fait, il s'est constitué prisonnier. ndlr), il a été condamné le 27 Septembre suivant, par la 9ème Chambre du Tribunal de Police correctionnelle, à 3 ans de prison qu'il subissait à Versailles, lorsque, le 10 Janvier, il a été admis, par faveur spéciale, à faire sa peine à Mazas, en raison des services qu'il a rendus à l'Administration depuis qu'il est écroué. Ses antécédents n'avaient donné lieu à aucune remarque défavorable, et sauf la fâcheuse habitude qu'il avait de s'enivrer fréquemment avec de l'absinthe, sa conduite était assez régulière. On ne saurait en dire autant de sa femme, qui se livrait à la débauche déjà avant la guerre et l'on prétend qu'il fermait les yeux sur ses débordements. Aujourd'hui, encouragée dans le vice par sa mère qui ne vaut pas mieux qu'elle, elle se prostitue et est fort mal considérée par ses voisins."

Rapport du 27 septembre 1874 : "On m'informe que le nommé Cattelain, Philippe, Ange, ancien chef du service de sûreté pendant l'insurrection, qui a été condamné par la 9ème chambre du Tribunal de police correctionnelle de la Seine, le 22 Septembre 1871, à 3 ans de prison, et qui a subi une partie de sa peine à la prison de Mazas et en dernier lieu à celle de la Santé, a été mis en liberté le 22 du courant à 8 heures du matin. Sa sortie a été presque triomphale. Sa femme, deux autres femmes et 5 ou 6 personnes venues dans 2 voitures de place l'ont attendu à la sortie de la prison. Ce groupe s'est bientôt grossi d'autres personnes. Cattelain ayant paru, a été entouré et tout le monde, après avoir pris divers rafraîchissements chez des marchands de vin du voisinage, s'est rendu rue de la Santé n°32, au domicile du nommé Pathier, ancien condamné politique, actuellement entrepreneur de cordonnerie à la prison de la Santé, où une collation a été servie. Puis les voitures se sont dirigées au domicile de Cattelain, rue des Poissonniers n°93. Le nommé Cattelain était vêtu d'une blouse bleue, d'un pantalon de même couleur et avait des sabots pour chaussures."


Enfin, dans un courrier pathétique adressé à son successeur à la tête de la Sûreté, Philippe Auguste CATTELAIN, fait état des ses problèmes de santé, et de ses difficultés matérielles :

Mon cher monsieur Macé,

        Je m'adresse à vous dans l'ennui - pensant que peut-être vous seul me ferez rendre un peu justice - vous savez que j'étais assez bon graveur, ma vue s'est affaiblie, je ne peux plus travailler; à la Préfecture on ne me connaît plus; vous seul savez quelle a été ma conduite pendant les difficiles deux mois de Commune, avec quelle bonté j'ai traité les employés, donnant de l'aide à des femmes dont les maris étaient à Versailles, toutes ces choses sont oubliées. J'ai obtenu une médaille de marchand des quatre saisons, mais avec peine; or, je suis atteint d'une maladie de cour qui m'empêche de marcher. Je sollicite vainement un stationnement place Moncey, ce qui me permettrait de gagner du pain, on ne me l'accorde pas. Ou bien qu'on change ma permission pour l'ancien Paris avec un stationnement rue Montorgueil ou rue Montmartre ou faubourg Saint-Denis : je ne peux plus marcher. Depuis la guerre j'ai élevé 10 orphelins, pensez-vous que ce soit un certificat d'honnêteté ? Doit-on confondre avec les gredins qui ont incendié Paris, un homme qui a sauvé la vie à des quantités d'otages, qui a déposé 13 millions au ministère des finances, qui a fait la chasse aux pillards avec une énergie qu'on a du vous dire. Eh bien, des souteneurs de barrières, des gens pleins de forces qui n'ont aucun titre, obtiennent ces faveurs et à moi on les refuse. Une démarche de votre part me la ferait obtenir, car vous avez laissé dans la presse des souvenirs impérissables. Ai-je eu tort de m'adresser à vous ? je ne le crois pas. Je serais bien allé vous voir, mais m'auriez-vous reçu et puis je suis dans la misère, un voyage est lourd pour moi.

Voyez, mon cher monsieur, si vous pouvez me rendre ce service et croyez-moi votre tout dévoué.

166, rue Marcadet (ex-remplaçant de M. Claude pendant la Commune)

Excuser mon écriture, je n'y vois presque plus.

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