Les Protestants de Walincourt, Caudry et autres lieux du Cambrésis

du XVIme au XXme Siècle

par Jacques Pannier

Pasteur, docteur ès-lettres et en Théologie


Chapitre I

LES ORIGINES

1. Du XVème au XVIIIème siècle, Un Roussiez vaudois ?

Les origines du protestantisme dans le Cambrésis remontent à une époque très ancienne : " Il paraît qu'il y a eu de temps immémorial des réformés dans le pays " écrivait un " ancien " de Walincourt au temps de Napoléon 1er, Jean-Baptiste Roussiez , et une tradition qu'il rapporte plaçait ce " temps immémorial " à une époque antérieure même à la Réforme du XVIème siècle : " D’après l’épître dédicatoire que Léger a mise en tête de son " Histoire des Eglises vaudoises " , il paraît que la doctrine apostolique a été répandue dans ces contrées par la dispersion des habitants des vallées de Piémont et d’Angrogne ". En effet, un certain Hippolite Roussiez fut brûlé comme hérétique à Turin à la fin du XVème siècle, et il n’y aurait rien de matériellement impossible à ce qu’un autre Roussiez fut venu apporter l’Evangile du Piémont dans le Cambrésis : ces pays tous deux limitrophes de la France, au Nord-Est et au Sud-Est, étaient tous deux des " marches " du " Saint empire romain germanique " ; si vagues que fussent entre eux les relations administratives et commerciales, elles existaient cependant ; les Vaudois venaient à la foire de Lyon et les marchands de cette ville faisaient des affaires avec eux.

Toutefois cette tradition relative aux origines vaudoises du protestantisme en Cambrésis n'est confirmée par aucun document.

L' " ancien " Jean-Baptiste Roussiez allait, par contre, à un extrême opposé, lorsqu'il ajoutait: " Toutefois nous ne connaissons aucune Eglise dressée dans le Cambrésis avant celles qui furent établies à Quiévy et Walincourt il y a environ quarante ans ". Ceci était écrit en 1805, et en effet il se produisit vers 1766 un mouvement religieux dans le Cambrésis, mais, nous allons le voir, c'était une restauration, une renaissance, et non une première apparition du protestantisme dans cette région.

Au XVIème siècle

L'existence certaine de partisans des doctrines évangéliques retrouvées par les réformateurs remonte, en ce qui concerne le Cambrésis, au milieu du XVIe siècle.

Ce fut pour combattre les progrès de ces doctrines que Cambrai, simple évêché, jusqu'alors, fut érigé en archevêché en 1559, l'année même ou était formulée la confession de foi des Eglises réformées de France, bientôt adoptée; dans ses grandes lignes, par les Eglises des Pays-Bas (1561).

Dès 1541 - l'année ou parut en français l'institution chrétienne de Calvin, - un nommé " Tulences " était banni de Cambrai " pour ses perverses opinions touchant la secte luthérienne " ; et je remarque à ce propos que le grand père - maternel - de Calvin, dont le réformateur porta le prénom, Jean Lefranc, était originaire de Cambrai ou il exerça la profession d'hôtelier jusqu'au jour où, à la fin du XVème siècle, il se retira à Noyon.

L'archevêque était duc de Cambrai, comte de Cambrésis, et prince du Saint Empire romain germanique. Le nom du village de Lempire garde encore le souvenir de ces temps reculés, précisément à la limite de la Picardie et du Cambrésis. La frontière de France correspondait alors à peu près, mais non pas partout. à la limite actuelle des départements du Nord et de l'Aisne. Sur une carte publiée en 1710 je vois que Villers-0utréau (c'est-à-dire outre l'eau de l'Escaut, par rapport à la France) et Malincourt étaient en Vermandois, tandis que Serain et Prémont sont en Cambrésis.

Premiers prêches, Premiers martyrs à Cambrai (1562)

Lorsque l'édit de janvier 1562 permit de prêcher plus librement l'Evangile en France, les sujets de l'archevêque de Cambrai franchirent la frontière pour aller entendre les prêches, notamment à Honnechy. En 1566 au Cateau comme à Valenciennes et dans beaucoup de villes du Brabant les réformés furent pendant quelques mois maîtres des villes et l'Evangile fut prêché par les pasteurs dans les anciennes églises catholiques. La répression fut sanglante et le pasteur Philippe fut pendu au Cateau fin mars 1567. Le premier martyr connu à Cambrai avait été dès 1562 un nommé Sohier " pour avoir été trente ans huguenot ", ce qui fait remonter sa conversion aussi haut que celle de Calvin même.

Les jésuites se sont établis à Cambrai précisément en 1562, année de ce premier martyre protestant, et les deux faits marquent bien l'organisation des persécutions dès cette époque, dans le Cambrésis.

L’église de " l’Ancre ", Les cultes en Vermandois au temps de l’Edit de Nantes

Aucune église, à ma connaissance, ne réussit à s'y constituer de façon durable après la disparition de celle du Cateau en 1557, mais il y avait des protestants disséminés et il semble que ceux du Cambrésis étaient désigné sous l'appellation symbolique : Eglise de l'Ancre à Cambrai et dans beaucoup de villages. Lorsqu'à la fin du XVIème siècle un prêche régulier a lieu au Catelet, forteresse française dont le gouverneur est un protestant, M. d'Estrées, les gens du Cambrésis viennent y faire baptiser leurs enfants et bénir leurs mariages. Sur les registres à partir de 1594, conservés au greffe du tribunal de Saint-Quentin, on lit les noms de Prémont, Brancourt, Villers-Outréau, Elincourt, Clary, Malincourt… : je n’y ai vu aucune famille originaire de Walincourt.

Pendant la période de l'édit de Nantes, après 1599, le lieu de culte le plus voisin du Cambrésis fut Lehaucourt au nord de Saint-Quentin ; pendant les guerres du XIVe siècle, les belligérants traversèrent souvent le Cambrésis ; Louis XIV ne prit Cambrai aux Espagnols qu'en 1677.

2. Après la révocation

Walincourt se trouve au carrefour de deux routes importantes pour aller de France dans les Pays-Bas, celle de Bohain vers Douai etc., et celle du Catelet vers Quiévy, Valenciennes, Tournai. Après la révocation (1685) les protestants qui se réfugiaient à l'étranger, après avoir traversé la grande forêt d'Arrouaise, débouchèrent sans doute souvent du côté de Walincourt ; leurs guides les conduisaient alors dans quelque famille de " nouveaux convertis " ou du moins de catholiques ne redoutant pas trop de donner asile, pour quelques instants, aux vaillants fugitifs qui, le coeur brisé, quittaient leur patrie pour aller ailleurs adorer Dieu en esprit et en vérité.

Tous ne pouvaient pas franchir la frontière : le 3 novembre 1686 par exemple sont arrêtés à Malincourt dix hommes, femmes et enfants partis de Paris depuis le soir du 27 octobre et abandonnés depuis deux jours par leur guide.

Fénelon à Villers-Outréau et Walincourt

Deux familles nobles du voisinage restèrent fidèles à l'Eglise réformée : à Villers-0utréau et à Prémont.

En 1700 le comte de Pontchartrain, secrétaire d'état, écrit au roi : " M. le marquis de Le Hautcourt demeure ordinairement à Villers-Hautereau, diocèse de Cambrai ; il est toujours hérétique et très opiniâtre ".

Une curieuse tradition locale a été recueillie à ce propos par M. le pasteur J. B. Roussiez, originaire de Walincourt, et à propos d'un épisode de l'histoire de Villers-0utréau nous y voyons pour la première fois mentionné le nom d'un protestant de Walincourt.

Fénelon était archevêque de Cambrai depuis 1695. C'est aux premières années de son séjour en Cambrésis que se rapporte sans doute le récit suivant, dont je dois la communication à l'obligeance du fils de l'auteur, M. le pasteur Timothée Roussiez :

" Les quelques traditions que je désire mettre ici par écrit n'intéresseront pas beaucoup de gens, mais je désire les mettre par écrit, si Dieu m'en fait la grâce. Car dans le temps que j'étais jeune, et même quand j'eus atteint l'âge d'homme, elles étaient encore très connues de beaucoup. Maintenant que je suis vieux - M. J. B. Roussiez avait alors, en 1893, 70 ans - presque personne n'en a connaissance dans Walincourt; et, quand je serai mort, ainsi que quelques personnes âgées, ce sera fini ; personne ne pourra plus les raconter...

Rappelons un fait dont la tradition a parfaitement conservé la mémoire chez les catholiques aussi bien que dans les familles protestantes : Fénelon est venu bénir un calvaire à Villers-0utréau... Le seigneur de Villers était protestant... ; on peut être certain qu'il a fini par s'expatrier. La coutume du clergé était de planter triomphalement une croix sur l'emplacement de tout temple dont les jésuites avaient obtenu la démolition... Si donc le calvaire de Villers - que dans ma jeunesse j'ai entendu qualifier " premier calvaire de Villers ", - n'était pas érigé sur l'emplacement d'un temple démoli, il est en tous cas bien certain qu'il était érigé pour célébrer le triomphe des jésuites ".

Fénelon aurait commencé son allocution à peu près ainsi : " Mes frères, avant d'être bénit, ce calvaire était du bois , et quand je l'aurai béni, ce sera encore du bois ", paroles qui furent considérées comme une flatterie à l'adresse des protestants " nouveaux convertis " venus par ordre, ou par crainte, pour assister à la cérémonie.

" Après cela, Fénelon reprit à pied le chemin de Cambrai. Il n'y avait pas alors de bonnes routes; les chemins étaient rarement praticables pour un carrosse... En passant à Walincourt il alla visiter un huguenot nommé Louis Bertin. " (Ainsi il y avait à Walincourt à la fin du XVIIe siécle ou au commencement du XVIIIe siècle des protestants qui, ayant abjuré pour la forme, restaient au fond du coeur fidèles à la doctrine réformée, et ce Louis Bertin était l’un des plus connus, peut-être remplissait-il en quelque sorte les fonctions d’ " ancien de quartier ", comme on disait dans les Eglises sous l’Edit de Nantes). " Tout en conversant, l’archevêque posa à Louis Bertin cette question : " Dis-moi, où était ta religion avant Luther et Calvin ? " Louis Bertin, voyant tous les maux que l’on faisait subir aux protestants, ne se souciait pas de répondre. Mais un de ses fils, qui avait une quinzaine d’années, voyant que son père gardait le silence, prit la parole et répondit : " Elle était dans des têtes comme la vôtre, monseigneur. " Cette réponse est restée célèbre parmi les protestants de Walincourt.

Après cette réplique, Fénelon dit à Louis Bertin : " Tu as des livres ! " Mais Louis Bertin répondit qu'il n'en avait point. Fénelon réitéra son affirmation en disant : " Tu as des livres, et tu me les montreras ! " Alors il assura Louis Bertin qu'il ne serait pas inquiété et le persuada de lui montrer ses livres. Louis Bertin prit sa bêche et conduisit Fénelon dans un terrain où il découvrit le couvercle d'un cuvier. qui contenait ses livres. Fénelon en ouvrit quelques-uns et dit : " C'est bien. Remets tout cela comme c'était" Et il aida, paraît-il, le huguenot à remettre les livres en leur place ".

Parmi ces livres il y avait certainement une Bible et un psautier. Après son récit, M. le pasteur J. B. Roussiez ajoutait :

" Ce que Fénelon avait vu et entendu à Villers-Outréau lui avait sans doute inspiré quelques sentiments de pitié pour ces braves huguenots... Après avoir vu la cachette où étaient les livres de Louis Bertin il demandait qu'on leur permît d'avoir des livres : et quelque temps après, il demandait qu'on leur envoyât des dragons ".

Je ne sais si les choses se sont passées comme le supposait ainsi mon vénéré collègue, dans la réalité et dans les pensées de l'archevêque ; toujours est-il que pendant les campagnes des années 1708 et suivantes les troupes hollandaises envahirent le Nord de la France : la plupart des régiments avaient des pasteurs aumôniers. Fénelon rend compte au pape de ce qui se passe alors, dans une lettre du 28 mai 1711:

" Une multitude innombrable se rend chaque dimanche des villages dans les villes et aux camps, pour entendre les discours des hérétiques et proclamer ouvertement son adhésion à la secte ; mais il est certain qu'avant l'invasion du pays par les troupes hollandaises, ils étaient secrètement hérétiques; et. avaient été élevés dans l'hérésie de Calvin. Ce sont les restes de la secte de ce pays, qui ont feint depuis cent vingt ans d'être catholiques et ont trompé la vigilance de l'Eglise par la plus honteuse hypocrisie en recevant les sacrements qu'ils haïssent ".

Ainsi Fénelon remontait avec raison jusqu'au temps où le duc d'Albe et son " conseil de sang " sévissaient contre les Gueux des Pays-Bas (vers l'époque de la Saint-Barthélémy, 1572), et constatait qu'au bout de quatre générations il restait encore en Cambrésis des descendants des persécutés de Philippe II fidèles à la loi de leurs pères, " opiniâtres " comme le marquis de Lehaucourt à Villers-Outréau et comme le paysan Louis Bertin à Walincourt.

Les demoiselles de Prémont, Histoire d’une bible de 1709

Au sud-est de Walincourt, à Prémont, lieu où avaient eu lieu quelques prêches dès le XVIe siècle, était revenue aussi au début du XVIIIe, cent vingt ans plus tard, une famille protestante d'abord émigrée en Hollande ou en Angleterre après la Révocation de l'édit de Nantes. Dans ses souvenirs M. J. B. Roussiez parle des " demoiselles de Prémont, rentrées des pays étrangers, et ne faisant aucun exercice de la religion catholique ". Et il suppose que c'est de Prémont qu'est venue à Walincourt une Bible imprimée à Londres en 1709 et existant aujourd'hui encore dans ce village. Son récit montre de façon très impressionnante comment les souvenirs personnels et les souvenirs de famille d'un vieillard mort à la fin du XIXe siècle (en 1896) peuvent se rattacher à l'histoire de quelques jeunes gens au début du XVIIIe siècle : " Ma grand'mère Noëlle Proy, veuve d'Abraham Drancourt, morte en 1836 à l'âge de 77 ans, connaissait les chants de tous les psaumes et les chantait admirablement. Elle ne possédait et ne lisait que quatre livres : la Bible, le Nouveau Testament, un recueil de psaumes, et la Nourriture de l'âme. Sa Bible lui avait été donnée à l'époque de son mariage par son oncle Toussaint Proy. Et alors une Bible coûtait 20 écus (60 francs). La sienne, qui est encore dans notre famille à Walincourt, avait été imprimée à Londres en 1709. La première feuille existait encore en 1892. Dans ma jeunesse il était impossible de lire dans cette Bible le livre des psaumes et le Nouveau Testament. Je ne crois pas qu'il y manquât quelque chose, mais les feuillets ne tenaient plus, et il y en avait qui étaient à moitié usés, tellement ils avaient été lus et feuilletés. Il est possible que cette Bible provienne des anciens huguenots de Prémont.

L’unique protestant de Walincourt vers 1750

Les tisseurs restaurateurs du protestantisme

" Car vers 1750 il n'y avait qu'au seul protestant à Walincourt, du nom de Jonas, qui demeurait dans la rue des poteries, à la maison d'Amand Galliègue surnommé Amand Galo. Or à cette époque (c'est-à-dire vers 1750 ou peut-être 1748) des jeunes gens de Bomiret, hameau de Prémont, sont venus apprendre à Walincourt le métier de tisseurs, alors que les ouvriers du Cambrésis étaient renommés pour le tissage de la batiste. Et. c'est par ces apprentis tisseurs que l'Evangile s'est propagé à Walincourt.

A cette époque mon arrière grand-père Albert Roussiez était un jeune homme, et Toussaint Proy également... Il est donc très possible que la Bible de ma grand-mère ait été vendue à Toussaint Proy par les jeunes gens de Bomiret, car elle n'est pas de cette époque, et d'un autre côté il y avait à Prémont des anciens protestants vers 1700 à 1720.

Mais il est aussi possible que cette Bible ait été apportée à Walincourt par des marchands de batiste de Londres. Car plusieurs marchands et tisseurs de Walincourt sont allés en Angleterre avant la révolution de 1789. Ils y allaient pour tisser, les Anglais désirant introduire le tissage de la batiste dans leur pays ".


 Chapitre II

AU "DÉSERT"

De la restauration du protestantisme jusqu'à l'édit de tolérance (1748-1787)

1. Les Eglises wallonnes de la Barrière

LES PROSÉLYTES

Ici, commence l'histoire moderne, et désormais continue, du protestantisme à Walincourt, comme dans tout le Cambrésis ; sur le tronc ancien rasé au niveau du sol, repoussent de nouveaux rejetons et sont greffées des branches venues des arbres voisins : je veux dire des prosélytes sortis de l'Eglise romaine.

Tout ce que nous savons par l'histoire générale confirme les faits particuliers relatés dans cet intéressant document concernant Walincourt et la restauration du protestantisme vers 1750, ainsi que les voyages des gens de Walincourt jusqu'à Tournai pour y assister au culte.

En 1713 le traité d'Utrecht accorda aux Hollandais, pour y mettre garnison, plusieurs villes nouvelles - Tournai entre autres - pour former dans les Pays-Bas espagnols une Barrière dont le principe avait été posé dès 1673 dans le traité de La Haye. Par une rencontre curieuse, c'est sur des terres dépendant de l'archevêque de Cambrai, dans l'Eglise de l'Arsenal, que les aumôniers célébraient le culte. En 1722 - il y a un siècle - les pasteurs de cette Eglise wallonne s'appelaient Brune et Magnet ; les archives communales de Tournai renferment un inventaire du mobilier de ce lieu de culte qu'ont fréquenté tant d'auditeurs venus de Walincourt et d'autres villages du Cambrésis, du Vermandois et de toute la France septentrionale. De Walincourt à Tournai, il y a plus de 70 kilomètres par Quiévy, Saulzoir, Valenciennes, Lecelles - toutes localités situées en moyenne à une douzaine de kilomètres l'une de l'autre, et renfermant des maisons protestantes où les voyageurs pouvaient se reposer. A Nauroy, mes vieux paroissiens me racontaient il y a trente ans que leurs grands parents emportaient deux paires de sabots, l'une qu'ils usaient à l'aller, l'autre au retour de Tournai : les chemins étaient mauvais et en outre, souvent il fallait prendre des sentiers détournés pour éviter les grandes villes, les postes militaires ou les couvents. On franchissait la frontière actuelle entre Lecelles et Rongy.

Malheureusement les plus anciens registres de la barrière n'ont pas été retrouvés.

En octobre 1748 le traité d'Aix-la-Chapelle avait mis fin à la guerre dite de succession d'Autriche. Les philosophes, en même temps, inclinaient l'opinion publique vers les idées de tolérance. (Montesquieu publiait en cette année 1748 l'Esprit des lois). La date de 1749 qu'on lit par exemple à Esquehéries, avec un verset, sur la façade d'une maison bâtie par des protestants, est bien celle qui inaugure un ordre de choses nouveau.

Les protestants de Walincourt reçus et mariés à Tournai

Bientôt sont reçus parmi les membres de l'Eglise Wallonne résidant hors de Tournai, et admis à la Sainte Cène, plusieurs habitants de Walincourt naguère encore catholiques. D'abord Jean Charles Delbare, Jean Etienne Proy, Léonard Benoist, Melchior Cattelin; puis - en 1751 d'après une tradition de famille - Pierre Toussaint Proy, Albert Roussiez, Amand Cattelin, Guillaume Cattelin, Jean-Baptiste Cattelin, Jeanne Marguerite Proy (soeur de Toussaint). Pendant les trente années suivantes, jusqu'en 1780, je relève les noms suivants, portés par des familles de Walincourt : Le Ducq, Martin, Le Bernach, Marlier, Blutte, Le Verd, Peltier, Soilleux, Patte, Lamandin, Crinon, Roquet, Dechy, Galiègue, Gadenne, Sourmais, Segard, Happe, Lavallée, Breunet, Chuquet, Bernarée, Evemi, Gontier, Gorlier, Lavallée, Bernage, soit en tout 89 personnes portant 30 noms différents.

Chose curieuse, parmi les centaines de baptêmes célébrés à Tournai, aucun ne concerne un enfant de Walincourt. Ce qui semble indiquer d'une part que beaucoup des personnes inscrites comme membres de l'Eglise wallonne étaient d'anciens catholiques (les prénoms bibliques sont parmi eux peu fréquents tandis qu'il y a beaucoup de Marie, Joseph, etc.) ; ils avaient probablement tous été baptisés par les curés, et les baptêmes de leurs enfants étaient soit encore célébrés par le curé de Walincourt, soit par les pasteurs " du désert " dont nous parlons ci-après. Un demi siècle plus tard en effet, un pasteur de cette région déclarera que presque tous ses paroissiens sont des prosélytes, au moins en la personne de leurs pères.

A défaut de baptêmes, nous avons relevé 33 mariages entre le 27 octobre 1754 (Pierre Toussaint Proy et Marie Louise Patte) et fin novembre 1779. La plupart du temps l'acte indique que les fiancés ou les époux sont " tous deux de Walincourt" ; il y en a pourtant de Malincourt, d'Elincourt, de Villers-Outréau, de Clary, de Templeux le Guérard, de Montbrehain, d'Hargicourt.

2. Premiers pasteurs du " Désert "

Pélissier (1751)

Nous avons ci-dessus dit un mot des " pasteurs du Désert ". On appelle ainsi les prédicateurs itinérants qui visitèrent les protestants dispersés et présidèrent des assembles secrètes, dans des lieux écartés, " au désert ", pendant le XVIIIe siècle. Le premier qui semble être venu en Cambrésis, en 1751, fut Pierre Pélissier, dit Dubesset ou Duplessis, précédemment étudiant à Lausanne de 1741 à 1744.

Jean-Baptiste Roussiez, ancien de Walincourt, dans une notice envoyée à Rabaut le Jeune pour un répertoire qu'il composait, en l'an XlV (1805), dit que des assemblées ont été tenues à Walincourt ou dans les environs par " Moisi, Pélissier, Loreille, Bellanger, Née, d'Olivat, Fontbonne-Duvernet, Lassagne, Devismes ".

Charmusy (1769-1770) Loreille

" Moisi " est une corruption et abréviation ( Charles Musi) du nom de François Charmuzy qu’on appelait avec raison " le Paul Rabaut du Nord ". Par précaution, il recommandait par exemple, en 1766, de se borner à lire les psaumes sans les chanter. En 1769 il réorganise les Eglises du Vermandois, est arrêté en chaire à Pâques 1770 et meurt en prison à Meaux.

Ensuite paraît un homme portant le nom de Loreille, qui se " dit ministre " et qui bientôt. sera sévèrement exclu : " S'étant introduit dans cette province contre la bienséance et le bon ordre, et qui cherche à former un parti, ce qui est contraire à la Parole de Dieu et à la discipline de nos Eglises ; cet homme nous paraissant être un imprudent qui s’ingère dans le troupeau du Seigneur sans vocation et au mépris de toute règle, nous déclarons qu’il ne sera jamais reçu parmi nous, et ceux qui le recevront ou le favoriseront se déclarent ennemis de notre tranquillité et de notre paix. "

Briatte (1772)

Ainsi s'exprime un consistoire tenu à Lemé le 30 septembre 1772 sous la présidence du pasteur Briatte, originaire de Serain ). On y lit aussi : " Vu les inconvénients des mariages bénis à Tournay, jusque là que M. Dulignon, par un étrange abus de son ministère et au mépris de l'ordre, admet à cet état des personnes de religion contraire, et même des protestants qui méritent les censures les plus sévères, les fidèles sont exhortés à faire bénir leurs mariages par le pasteur de ces Eglises ".

C'est ainsi que les protestants s'enhardissaient, et, reprenant conscience des devoirs de toute société organisée, essaient de remettre plus d'ordre et de régularité dans la vie de leurs Eglises. Quelque décision analogue à celle ci-dessus, concernant la Thiérache, fut sans doute prise plus tard dans le Cambrésis et explique qu'à partir de 1779 les protestants de Walincourt n'allèrent plus faire bénir leurs mariages à Tournai, mais recoururent de préférence au ministère de pasteurs itinérants.

En 1766 cinquante-six chefs de famille picards demandèrent l'admission au séminaire de Lausanne d'un étudiant - " un proposant ", comme ou disait alors - qui deviendrait leur pasteur. Et le fils d'Antoine Court, Court de Gébelin, mis au courant, constate avec joie que rien de semblable ne s'est passé depuis bien longtemps.

Assemblées " au Désert " et dans les maisons

Les protestants, et ceux qui ne l'étaient pas encore, mais qui désiraient entendre lire et méditer la Parole de Dieu, et chanter les psaumes, se réunissaient en secret dans des endroits les plus variés ; les " assemblées " avaient lieu tantôt vraiment " au désert " dans les bois, ou dans les champs, ou dans une ferme écartée, (surtout quand elles étaient présidées par un pasteur) ; tantôt en plein village (surtout quand elles étaient présidées par un laïque).

Quand un pasteur venait, écrit le pasteur J. B. Roussiez, les assemblées se faisaient toujours pendant la nuit ou, en tout cas, à une heure avancée de la veillée. La réunion était nombreuse car on y convoquait si possible tous les protestants des environs. Il y en a eu de très considérables aux Aïettes Bruenne.

Mais une fois, très probablement au printemps de 1771, pendant qu’on était réuni aux Aïettes Bruenne, voilà deux cavaliers de la maréchaussée qui arrivent au moment où le pasteur prêchait ! On se figure aisément l’effroi qui parcourt tous les rangs de l’assemblée. Heureusement, le pasteur, animé d’un ardent désir de continuer à annoncer la parole de vie à tant de braves gens qui l’écoutent avec avidité, eut une idée de prier les gendarmes d'attendre qu'il eût fini, en leur affirmant qu'il n'essaierait pas de s'échapper, et qu'aussitôt qu'il aurait terminé il leur parlerait.

Dés lors les cavaliers n'approchent pas davantage et considèrent en silence ce qui se passe. Après le sermon le pasteur fait chanter le psaume CXL :

0 Dieu ! réprime l'insolence

D'un ennemi malicieux ;

Cache-moi de sa violence,

Et de ses desseins furieux.

Il me semble voir l'émotion avec laquelle on chanta ces paroles ! Assurément bien des larmes coulèrent des yeux.

Dès 1770 ou 1772 au plus tard des assemblées eurent lieu (à Walincourt même) chaque dimanche, chez Guillaume Cattelain; on n'eut à subir aucune persécution grave pendant les dernières années du règne de Louis XV, après une démarche faite à Paris par Jean-Philippe Leverd.

Celui-ci était un petit propriétaire, homme d'une grande force physique, qui payait de sa personne pour défendre ses coreligionnaires en toute circonstance, non seulement par des démarches auprès des autorités, mais au besoin les armes à la main, ou de moins la fourche à la main. Un jour qu'il était placé en sentinelle pour monter la garde auprès d'une grange écartée où se trouvait réunie une assemblée, il vit deux hommes de la maréchaussée arriver, faisant une patrouille. Armé de sa fourche, il se mit en travers du chemin, et déclara d'un ton délibéré : " Si tu passes, je t'enfourche ". Sur quoi, interloqués, les deux hommes rebroussèrent chemin et l'assemblée fut sauvée.

Ce Leverd, ancêtre des Leverd de Saint-Quentin et des Blondiaux de Walincourt aujourd'hui, était aussi apparenté aux Roussiez, et M. le pasteur J. B. Roussiez en parle dans une notice où il relève, une fois de plus, l'intérêt d’une tradition orale bien établie.

Souvenir d’enfance de J. B. Roussiez, pasteur

Il pourrait sembler qu'un trop long espace de temps nous sépare de l’époque dont j'ai parlé pour en avoir encore aujourd'hui des données certaines par l'unique secours de la tradition orale. Mais ce serait une erreur. Dans ma jeunesse, après 1830, j'ai encore connu plus de trente personnes de la seconde génération de cette Eglise. Et je ne parle que des fils ou des filles des premiers fondateurs. Il n'y a pas plus d'une quinzaine d'années (ceci était écrit vers 1890) que cette génération est complètement éteinte : tandis que la troisième est déjà réduite à un bien petit reste. Et, au point de vue du témoignage historique il n'y a qu'un seul intermédiaire entre les premiers membres de l'Eglise et moi ; c'est-à-dire que toutes les personnes d'où me proviennent directement mes renseignements avaient connu les membres des premières réunions dont j'ai parlé.

Quelques mots sur les personnes qui m'ont le plus initié à la connaissance des faits que j'essaie de retracer ne seront peut-être pas inutiles.

Ce fut d'abord mon aïeule maternelle Noëlle Proye ; orpheline de très bonne heure elle avait été élevée chez son oncle Jean Grégoire Proye et avait eu beaucoup de rapports avec son oncle Toussaint Proye.

Celle qui ensuite me donna les renseignements les plus précis et me confirma ceux que m'avait donnés mon aïeule fut Rosalie Brunet, veuve Droubay, que l'on appelait communément Rosalie " France " du nom de son oncle François chez lequel elle avait été élevée. Elle était par sa mère la petite-fille de Jean-Philippe Leverd. Elle était d'une vingtaine d'années plus jeune que mon aïeule et avait habité sous le même toit. Voici en quelles circonstances.

La maison Proye

En 1777, François Leverd, fils de Jean-Philippe, épousa Anne-Josephe Proye, fille de Jean Grégoire et vint demeurer chez ce dernier.

Quelques années plus tard Rosalie Brunet, devenue orpheline en très bas âge, vint, comme nièce de François Leverd, habiter aussi sous ce toit, d'autant plus hospitalier qu'Anne Joséphe n'avait point d'enfant.

Naturellement Jean Philippe Leverd venait souvent chez son fils, où il causait longuement avec son ami Jean Grégoire de tout ce qui les avait frappés et vivement intéressés dans leur vie. Car il faut bien se représenter que leur changement de religion avait été pour eux un moment très important, une époque de rude combat, de résolutions décisives, en un mot une crise pendant laquelle ils avaient éprouvé de ces impressions qui ne s'effacent pas. Et l'on comprend facilement que toutes les péripéties de ce drame défrayaient souvent leurs conversations quand ils furent parvenus à un âge avancé.

Ce n'est pourtant pas que Jean Grégoire eût été un des premiers à former le petit groupe de lecteurs de la Bible dans la forêt : c'était un de ceux qui étaient mariés quand le mouvement commença, et même sa fille avait encore fait sa première communion dans l'Eglise romaine.

Jean-Philippe Leverd

Mais Jean-Philippe Leverd avait été l'un des principaux héros du mouvement. C'était un homme qui n'avait peur de rien ni de personne, un homme à ne jamais reculer et prêt à se défendre à coup de n'importe quoi contre quiconque aurait eu l'audace de l'attaquer. C'était en quelque sorte le protecteur du groupe. Quand on se rendait dans les bois ou ailleurs pour les réunions, du moment que Jean Philippe était là, les femmes étaient rassurées.

" Par conséquent il avait joué souvent le principal rôle dans les diverses aventures qui étaient arrivées à ce petit noyau d'hommes évangéliques. Sans doute cette vivacité était un défaut chez un disciple de Christ, mais je crois que personne ne songeait à la lui reprocher, tant elle était utile dans ces tristes temps.

On peut donc se figurer combien étaient animées les conversations de la veillée, dans lesquelles Jean-Philippe Leverd, Jean Grégoire et Toussaint Proye, et d'autres, rebattaient le passé, pendant que les femmes filaient et ourdissaient. Ainsi mon aïeule savait tout cela sur le bout du doigt. Tout était présent à sa mémoire comme au moment où elle l'avait entendu raconter.

Or tout cela m'a été pleinement confirmé et rapporté par Rosalie France, à qui j'ai adressé force questions, il y a de cela une quinzaine d’années (vers 18751 ?) lorsqu'elle était encore dans toute la verdeur de sa belle vieillesse.

Autres témoins : Les Cattelain, les Roussiez

J'ai encore puisé de précieux renseignements auprès d'Etienne Leverd avec qui j'ai été très lié. C'était aussi un petit-fils de Jean-Philippe Leverd et qui avait parfaitement connu son grand père. Puis auprès de Joseph Roussiez père, qui a vécu jusqu'à l'âge de seize ou dix-sept ans avec Toussaint Proye son grand-père ; enfin auprès de Pierre Cattelain, petit-fils de Melchior Cattelain. Ce Joseph Roussiez et ce Pierre Cattelain sont encore en vie, et même ce dernier n'est pas très âgé.

" Je puis dire que j'ai pleine confiance dans la vérité de tout ce que je rappelle, d’abord parce que toutes les personnes à qui j'en ai entendu parler étaient d'une bonne foi à toute épreuve et ensuite parce que les faits m’ont été confirmés de plusieurs côtés.

3. Progrès du Protestantisme à Caudry vers 1770

Le protestantisme, grâce au zèle de familles si fidèles à leur foi nouvelle dans le voisinage fait alors son apparition dans des villages où, jusqu'à cette époque, nous n'en avions trouvé aucune trace : par exemple à Caudry.

En 1770 sont inscrits pour la première fois sur la liste des membres de l'Eglise hors de Tournai des hommes de Caudry : Pierre-Joseph Carpentier, Charles-Joseph Baudhuin, Jean-François Sandra, Ferdinand Postry, Pierre-Joseph Le Feuvre, Philippe-Joseph Gautier, Joseph Vanette ; en 1771 voici des femmes de Caudry : Marguerite Fontaine, Marie Florence Nimal, Marie Françoise Nimal.

Dès 1768 était enregistré à Tournai le mariage d'un Pierre Joseph Carpentier dont le lieu d'origine n’est pas mentionné : il est " soldat dans le régiment du général Lewe ; lui et sa femme Marie Josèphe du Jardin sont " tous deux catholiques romains ". Nous retrouverons plusieurs fois un J. Carpentier – celui-là très probablement - et sa femme, dans les épisodes qui vont suivre.

Assemblées à Caudry et près de Walincourt

En 1771 et 1772 se passent à Caudry et à Walincourt des événements qui montrent combien s'étaient enhardis les protestants, et comment des magistrats catholiques gagnés par les idées des philosophes sur la tolérance, sévissaient à regret. Nous avons là-dessus une lettre intéressante (datée de Douai, 20 octobre 1772) et adressée peut être à Court de Gébelin qui, très en faveur dans la société littéraire à Paris, intervenait souvent avec succes en faveur de ses coreligionnaires.

Monsieur,

J'ai écrit, depuis que je suis ici, à M, le procureur. du roi du bailliage du Quesnoy. Je lui ai demandé un extrait du procès qui s'instruit en ce siège, à la charge de dix habitants de Caudry, professant la religion prétendue réformée. Je l'ai prié de faire surseoir à tout jugement ultérieur dans cette affaire, jusqu'à ce que je lui mande le contraire. Je n'ai pu encore en recevoir des nouvelles, et je ne peux, par cette raison, avoir l'honneur de vous envoyer l'extrait de cette procédure que vous désirez.

Si les habitants de Caudry, dont il est question, avaient voulu se comporter comme ils le devoient, et comme leurs frères de la même communion, cherchent à insinuer qu'ils l'ont fait. dans le mémoire que vous m'avez fait l'honneur de me communiquer et que vous trouverez ci-joint, ils ne se seroient pas mis, Monsieur, dans le cas malheureux où ils se trouvent ; mais malgré qu'on les ait avertis souvent, et qu'on les ait menacés, plusieurs fois de ce qui est arrivé, ils se sont obstinés à faire un exercice public de leur religion et à s’assembler à cet effet dans un endroit marqué : on en convient assez page 3 dudit mémoire.

Ils ont cherché d'ailleurs à faire des prosélytes ils ont même insulté le curé de la paroisse dans ses fonctions ; il n'étoit donc pas possible de ne pas chercher à arrêter ces désordres si étroitement defendus par la déclaration du 24 mai 1724, loi généralle pour tout le roïaume, et par les ordonnances des 17 janvier et 6 novembre 1750, rendues particulièrement pour le Languedoc.

Je ne sçais, Monsieur, si ceux qui sont arrêtés dans les prisons du Quesnoy sont coupables de tous ces excès ; mais ce n'est qu'à la force que je me suis déterminé à laisser instruire une procédure en cette matière, et voici comment je l'ai fait et ce que je sçais des circonstances de cette affaire.

Il y a plusieurs années que différens habitants de Caudry se sont si ouvertement déclarés protestants, qu'ils ont cherché à exercer leur religion publiquement. M. Cordier, seigneur du lieu, n'a rien négligé pour les engager à ne donner aucun scandale dans sa paroisse. Ses sollicitations n'ont rien fait. Il a fallu en venir aux menaces et aux informations. La part que M. d'Abancourt y a pris a semblé arrêter le danger ; le village paraissoit être tranquille en 1771 ; mais la suppression du parlement de Flandres a été pour ces habitans une raison de recommencer l'exercice public de leur religion.

Je fus instruit dans le mois de décembre 1771 qu’ils s’assemblaient tous les dimanches dans une maison particulière pour y faire l’étalage de leur religion ; que le 22 décembre, la femme d'un nommé Joseph Carpentier étoit morte sans que le curé ni le vicaire eussent été avertis de sa maladie, et que deux personnes d'Elincourt, dont l’une fit l’oraison funèbre de la défunte dans la maison mortuaire, vinrent faire la cérémonie de l'enterrement.

Le dimanche 24 du même mois, il y eut une nouvelle assemblée chez François Sandras, dit Bataille, et que, quoique ce fût à la même heure que l'office divin, de la paroisse, ceux qui composoient cette assemblée firent néanmoins beaucoup de tapage ".

Il s'agit sans doute du chant de psaumes: nous avons relevé le nom de ce Sandras à Tournai l'année précédente, et on suppose avec beaucoup de vraisemblance qu'il était parent d'un Nicolas Sandras, " du Hainaut français, près d'Avesnes ", emprisonné à la Bastille en 1701 pour avoir conduit des protestants qui cherchaient à sortir de France.

" Ils ne négligeoient rien d'ailleurs pour attirer les autres paroissiens dans leur secte ; ils cherchaient à les corrompre autant par leur discours que par des mauvais livres dont ils faisaient. usage (c'est-à-dire : la Bible) ; les vrais fidèles (c'est-à-dire: les catholiques) n'étoient en sûreté nulle part, pas même dans les chemins.

Je crus, Monsieur, devoir rendre compte de tous ces objets à M. le Chancelier ; je le fis le 6 décembre. Je lui observai qu’il étoit à craindre, d’un côté, que la contagion se répandit dans la généralité de la paroisse de Caudry : que, d’un autre, la vraie religion devoit être persuadée bien plutôt que prescrite ; que je voudrois bien pouvoir éviter les progrès de celle-là et convaincre de celle-ci par les voies de la douceur, que l’un et l’autre me paroissoient embarrassans, et que je le priois de me marquer la conduite que je devois tenir : mais ma lettre resta sans réponse.

Je fus informé le 26 mars de nouveaux désordres ; on continuoit l’assemblée pendant l’office divin et on y chantoit à très haute voix de manière à être entendu d’une très grande partie du village (Caudry était alors fort petit). Un nommé Macaire Fontaine, jeune orphelin perverti depuis peu par les sollicitations du nommé Sandras dit Bataille, étoit dangereusement malade. Le curé s’y rendit pour remplir les soins d’un pasteur ; il fut troublé dans ses fonctions par la fille du nommé Denimal et par le nommé Maurice Fontaine. La première sortit, le hua jusque bien loin, et accompagna ses huées de propos d’autant plus humilians qu’ils étoient publics.

J'en écrivis de nouveau à M. le Chancelier le 27 du même mois; j'eus l'honneur de lui en parler moi-même différentes fois ; il m'assura toujours qu'il me répondroit, mais je suis sans réponse.

Le seigneur de Caudry crut arrêter ces désordres en faisant informer de nouveau par ses officiers, mais ceux à la charge desquels on informait, au lieu de changer de conduite, semblèrent y mettre plus d'affectation.

Les assemblées ci devant particulières devinrent généralles. Il s'en tint une la nuit au milieu d'un champ, à laquelle présidait un prédicant (Briatte peut-être), qui n'a pu être désigné que sous un habillement d'un rouge foncé, à laquelle assistèrent plus de cinq cents personnes, tant de Caudry que des villages voisins ", (Walincourt certainement entre autres).

Arrestation de dix protestants (septembre 1772)

"Cette nouvelle conduite engagea le seigneur de Caudry à dénoncer à la cour les procédures commencées par ses officiers et à demander qu'elles fussent parinstruites conformément à l'article 15 de l'édit portant création du conseil supérieur. La cour pensa que les choses étaient poussées trop loin pour qu'elles pussent rester en cet état. Elle commit en conséquence, sur mon réquisitoire, les officiers du bailliage du Quesnoy, juges roiaux de Caudry à effet de parinstruire ces procédures et les juger définitivement sauf l'appel à la cour, si le cas écheoit.

J’observai au procureur du roi en ce bailliage, en lui envoiant ces procédures et ledit arrêt de la cour, que la matière dont il s'agissoit était également délicate et demandoit la plus grande prudence de sa part, et qu'il paraissoit être à désirer, si elle devenait sérieuse, qu'elle pût être instruite et jugée par contumace. Je ne négligerai rien pour faire répandre à Caudry que l'affaire seroit suivie avec rigueur. J'espérois que cela contiendroit les habitans dont on avoit lieu de se plaindre, et que l'affaire pourroit ne pas aller plus loin ; mais la précaution fut inutile; les assemblées continuèrent, il fallut en venir à un décret, et dix de ces habitans furent décrétés de prise de corps.

La nuit du 19 au 20 septembre il y eut une nouvelle assemblée générale présidée par le même prédicant, entre le bois de Saint-Aubert et Walincourt, et la ferme d'Iris. On affecta le lendemain, en mettant ce décret à exécution, d'éveiller à grand bruit un échevin de Caudry et lui demander à haute voix la demeure des décrétés. Un de ces derniers, dont la femme avait dit qu'il était à Valenciennes pour son commerce, trouva mauvais qu'elle le disait absent, se présenta à l'instant en disant : " Si c'est moi que vous cherchez, me voilà ! " Il obligea ainsi en quelque façon qu'on l'arrêtat. Il en fut à peu près ainsi de quatre autres et ils furent tous cinq arrêtés en quelque manière volontairement.

Vous conviendrez, Monsieur, que les choses étant poussées à ce point, il est bien difficile de pouvoir trouver, dans l'état actuel de la procédure, un moien de faire accorder la liberté à ces prisonniers. On pourroit peut-être en la jugeant adoucir, en faveur des coupables et de l’intérêt du commerce, les peines prononcées par les ordonnances: mais il paraît indispensable de juger l'affaire dans la circonstance surtout qu'il y a un décret qui subsiste, et qu'il n'a eu lieu que parce que ces malheureux n'ont voulu respecter ni les loix, - qui défendent de faire aucun exercice public de religion autre que la catholique, et de s’assembler pour cet effet en aucun lieu et sous quelque prétexte que ce puisse être -, ni les engager à tenir une autre conduite.

J’ai cherché moi-même, Monsieur, tous les moiens d’éviter cette procédure ; j’y ai mis autant de lenteur que j’ai pu, parce que j’en craignois les suites, et je saisirai avec le même plaisir, tous les moyens qui pourront la faire terminer d’une manière qui fasse respecter la loi et qui ne porte aucune atteinte essentielle à l’intérêt du commerce.

J’ai l’honneur d’être, avec le plus sincère et le plus respectueux attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. Du Pont de Castille

Les prosélytes de Caudry continuent à aller à Tournai

Nous ne savons quelle fut la peine prononcée contre les dix personnes de Caudry – tisseurs et marchands sans doute – que M. de Castille était disposé à ménager " dans l’intérêt du commerce " plus encore que dans l’intérêt de la religion, mais nous savons que ces poursuites ne réussirent nullement à enrayer le mouvement qui attirait certains catholiques vers le protestantisme. En 1773 sont inscrits sur les registres de Tournai " Marie-Françoise Mote, femme de Jean-François Sandra (chez qui avait lieu l’assemblée ci-dessus signalée en décembre 1771), Marie-Philippe Bracq ; Hubert de la Court ; Jeanne-Josèphe Le Fèvre ; tous deux mariés à l’église romaine, dont ils sont sortis ce jour puis d’autres " nouveaux convertis " (terme employé maintenant dans le sens inverse à celui qu’il avait après la Révocation) : Célestine de la Court , Ambroise Bauduin, Ferdinand-Joseph Posteries ; en 1774 Thérèse de Nimal, Jacques-Joseph de Nimal ; en 1775 Pierre-Joseph Bauduin, Marie-Thérèse Bauduin, Marie-Madellaine Bauduin, Jacques-Philippe Baudart, Catherine Baudouin, Benoît Gabé, Alexandre Basin, Alexandre-Denis Braque ; " tous néofites ".

4. Les pasteurs Dolivat et Bellanger

Après le départ du pasteur Briatte, les protestants furent visités – vers 1775 – tantôt par un pasteur venant d’Hargicourt, Dolivat, tantôt par son collègue en résidence à Lemé, Bellanger, arrêté à Saint-Denis les Rebais en 1766, puis relâché au bout de quelques jours. " Je pense, écrit M. le pasteur J. B. Roussiez, que c’est lui qui était parti pour Quiévy depuis cinq minutes seulement lorsque les cavaliers de la maréchaussée arrivèrent dans une maison de Walincourt où ils croyaient le prendre;  malgré tout cela, on arriva à faire pour les assemblées présidées par un pasteur ce que l’on avait fait d’abord pour les assemblées présidées par des laïques : un jour que le pasteur était venu et qu'il faisait mauvais temps, on se réunit pendant la nuit chez Jean-Baptiste Cattelain et on y célébra la Sainte Cène ".

Un colloque réuni le 30 septembre 1776 déclare être " très satisfait du ministère de M. Bellanger ; nous le remercions des soins tendres et paternels qu'il a bien voulu donner pour relever nos chères Eglises... Son zèle, sa piété, les voies sages et prudentes qu’il a employés ont ramené le bon ordre dans nos troupeaux, malgré la persécution que nous éprouvions tous les jours. Nous le prions de venir au milieu de nous continuer ses actions généreuses ". Toutefois dans ce colloque où sont représentés les protestants de la Somme (Templeux), de l'Aisne (Hargicourt), de l'Oise (Sempuis), je ne vois pas qui fussent venus des régions du Nord où Bellanger exerça cependant, aussi certainement son ministère.

Nouvelles persécutions (1777)

Il y eut, en 1777, une recrudescence de la persécution. Dans un mémoire adressé à Louis XVI, Court de Gébelin s'exprime ainsi ;

" Pendant cinq à six mois de suite, les cavaliers de la maréchaussée se sont transportés, l'épée nue à la main, dans les sociétés protestantes : Templeux-le-Guérard, Vendelle, Hargicourt, Nauroy, Jeancourt, etc, pour les en chasser. Ils ont fait l'impossible pour arrêter dans les bois, dans les chemins, dans les maisons, une personne soupçonnée d’être le ministre des protestants du Cambrésis. Cependant que deviendraient ils s’ils n’avaient personne qui les instruisît, qui les consolât, qui leur fit connaître leurs devoirs envers Sa Majesté, envers leur prochain et envers Dieu ? Ils se sont toujours flattés que Sa Majesté ne permettrait pas qu'ils fussent inquiétés sans cause, ni qu'on leur rendît leur patrie odieuse. Ils osent espérer qu'elle daignera mettre fin à leurs maux. Ils se flattent que ses sages ministres daigneront y faire attention "

En effet le gouvernement inclinait vers la tolérance; c'était le clergé qui voulait la persécution. Le vicaire général de l'archevêque de Cambrai, Hangard, écrit en 1777 à un curé :

" Les magistrats n’agiront pas vivement contre les protestants... S'ils attaquaient il faudrait qu'ils punissent, et c’est ce qu'on ne veut pas (la lettre de M. de Castille en 1772 montrait bien ces mêmes dispositions ou plutôt ces mêmes répugnances)... Nous n’avons plus de ressources que dans les remontrances de l'assemblée du clergé. Elle agira sûrement ; j'espère même qu’elle sera écoutée favorablement ",

Le 25 novembre 1777 un fabricant de linon à Walincourt, Jean-Baptiste Cattelain, est arrêté et conduit en prison à Landrecies. Il s'y trouvait encore le 14 février 1778 : c'est de lui dont il semble être question dans ce mémoire de Court de Gébelin :

" Depuis longtemps les sujets du roi qui, dans les provinces du Cambrésis, professent la religion réformée, se voient menacés, inquiétés, poursuivis : L’un d’eux vient même d’être arrêté comme un malfaiteur, et ils craignent qu’on n’en demeure pas là à leur égard.

Deux missionnaires, les P. P. Corignon et Alexandre qui vinrent fonctionner cette année au lieu de Caudry en Cambrésis, bien loin de prêcher la paix et le support, comme ministres d’un dieu de paix, y apportèrent la haine et la discorde : ils soulevèrent par leur prédication et par la confession les catholiques contre les protestants comme ils auraient pu faire contre des bêtes féroces.

Non contents d’animer les catholiques contre les protestants, ils voulurent prêcher d’exemple ; à la tête d’environ deux ou trois cents personnes, ils furent chez le nommé Joseph Carpentier pour le forcer à se rendre catholique.

" Se rendre catholique " indique peut-être qu’il s’agit d’un ancien catholique devenu protestant comme c’est le cas de Pierre-Joseph Carpentier, ci-dessus mentionné en 1768.

Trouvant les portes fermées, ils enfoncèrent les fenêtres et la porte de l’écurie afin de pouvoir pénétrer jusqu’à lui : et pendant plus de trois mois, les protestants n’ont pu se montrer dans les rues sans être insultés, battus et même traînés dans la boue.

Charles Leduc d’Inchy-Beaumont (marié à Tournai le 19 mai 1771), étant allé avec sa femme à Troisvilles pour ses affaires, et étant entré chez un tailleur, le seigneur du lieu, M. Tafin s’y transporta pour le maltraiter ; il donna des coups de pied à sa femme et les fit chasser tous deux de sa seigneurie, en les menaçant de traiter de même et de renfermer dans les cachots tout protestant qui y viendrait.

5. Synode de 1779

Premier pasteur régulièrement affecté au Cambrésis : Fontbonne-Duvernet

Malgré tant d’animosité de la part de leurs adversaires, les protestants du Nord continuaient à réorganiser leurs églises ; nous avons déjà parlé de consistoire groupant les anciens des divers quartiers composant une Eglise ; et de colloques groupant les délégués de plusieurs consistoires. Voici maintenant, conformément à l'ancienne discipline des Eglises réformées de France, un synode provincial qui se réunit à Bohain pendant deux semaines consécutives du 24 novembre au 6 décembre 1779 : le pasteur Bellanger dessert désormais la Thiérache, Dolivat la Picardie, et le Cambrésis a un " ministre " qui lui est spécialement attaché : Fontbonne-Duvernet, arrivé depuis un an, semble-t-il. Avec lui sont sept députés dont les actes du synode ne mentionnent que les noms, mais les registres de la Barrière permettent, me semble-t-il de reconnaître de quelle église chacun était député :

Pierre Antoine Waxin est sans doute de Quiévy, Pierre-Joseph Carpentier de Caudry.

Jean-Baptiste Le Verd et Toussaint Proy sont de Walincourt, seule église ayant deux représentants ; Michel Dégremont est d’Elincourt ; Jean Darret et Charles L. Froment portent des noms qu’on trouve plutôt à Parfondeval et qu’on retrouve avec surprise joints à ceux de représentants du Cambrésis.

Traitements des pasteurs

Le synode, dont le pasteur Fontbonne-Duvernet est secrétaire, prend diverses mesures intéressantes.

Ne voulant point fixer les appointements des pasteurs actuellement reçus, de peur de faire soupçonner leur désintéressement qui est assez connu, il a cependant arrêté que, par ceux qui pourront se présenter dans la suite, il ne sera permis à nulle Eglise de les recevoir pour les desservir qu'elles ne soient en état de leur fournir pour honoraires une somme annuelle de 1500 livres ; que les ministres, qui restent dans les villes, sont obligés de faire de grands dépens pour voyages, pour former un assemblage de livres nécessaires à leur vocation, et autres frais indispensables " (article XIX).

Etendue de la paroisse

Dans la répartition des églises entre les pasteurs (trois pour tout le Nord de la France !) on décide :

(XXVI) Le ministre Fontbonne-Duvernet desservira Sedan, Metz, Quiévy, Caudry, Walincourt, Elincourt et leurs annexes ". Quelle paroisse de plus de deux cents kilomètres entre Walincourt et Metz à vol d'aéroplane..., et Fontbonne ne circulait encore qu'à cheval ! quand il était dans le Cambrésis on peut supposer, Quiévy figurant en tête sur les diverses énumérations, que là était plutôt sa résidence.

Le " mereau " pour communier

Le synode de Bohain rétablit le vieil usage réformé de faire remettre d'avance des jetons aux protestants désireux de communier (art. XXIX) : "   Pour empêcher que nos sacrés mystères ne soient profanés, on rétablira l'ancien usage touchant les marques ou méreaux pour apporter à la sainte Cène, sur lesquelles sera empreinte la première lettre de l'Eglise du lieu ". Ainsi pour Walincourt ce devait être V ou W : on n'a retrouvé jusqu'à présent qu'un exemplaire du méreau de Saint-Quentin marqué S Q sur la face, avec une couronne ; sur le revers une autre couronne surmontant le symbole de l'éternité (un aspic se mordant la queue ) et le symbole de l’eucharistie; deux pains (ou deux poissons ?).

Les pasteurs Née et Lasagne

L'année suivante (1780) un des pasteurs qui avaient siégé au Synode de Bohain, Dolivat, était emprisonné à Saint Quentin. C'était sans doute une des conséquences de l'Assemblée du clergé qu'appelait naguère de ses voeux le vicaire général de Cambrai, et qui, cette année-là, réclame le retour aux " ressorts salutaires et voies réprimantes " employés lors de la Révocation.

Fontbonne-Duvernet étant, vers 1780 aussi, parti pour Sedan (comme avant lui Briatte), et ayant renoncé à exercer son ministère dans le Cambrésis, les Eglises furent desservies, en même temps que celles du Vermandois, par Jean-Baptiste Née qui fixa sa résidence principale à Bohain (en 1788, c’était " chez M. Delassus ")

Son père était un ancien catholique né vers 1726 à Lempire, et marié à Tournai ; lui-même était né à Vraignes (Somme) en 1756 et avait étudié au séminaire français de Lausanne de 1777 à 1780. Il resta en fonctions jusqu’en 1792.

Alternativement avec lui vint aussi parfois à Walincourt entre 1782 et 1788 Jean-Pierre Gential dit Lasagne, fils d'un pasteur cévenol et lui-même pasteur à Lemé où son mariage fut béni par J. B. Née.

6. L'Edit de tolérance (1787)

Etat civil – Cimetière protestant

Sur ces entrefaites survint en novembre 1787 l’édit de tolérance accordant aux non-catholiques " ce que le droit naturel ne permet pas de leur refuser ". Les protestants pouvaient jouir librement de leurs biens, exercer toutes les professions, contracter des mariages réguliers, tandis que jusqu'alors ils étaient légalement censés vivre en concubinage et n'avoir que des enfants illégitimes : les protestants du Cambrésis et du Vermandois avaient souvent, sous Louis XV, protesté contre ces termes injurieux insérés par les curés sur les registres paroissiaux, et cette marque d'infamie avait été la principale raison des voyages pour faire célébrer baptêmes et mariages à Tournai.

Peu de mois encore avant l'édit ne tolérance, le 12 avril 1787, M. du Moustier écrivait de Saint-Quentin: " Je viens d'engager M. le procureur général de ce Parlement de faire cesser les plaintes des habitants du Hainaut et du Cambrésis; sur le refus que les curés font de mettre les noms de baptême que les pères et mères donnent à leurs enfants et d’insérer dans les extraits baptismaux que les mariages ont été faits à Tournai par un ministre religionnaire. M. le procureur général m’a promis de faire cesser ces désordres, et il est nécessaire d'y pourvoir, puisqu’une partie de ces paysans sont revenus d’Ecosse et d’Angleterre à ma sollicitation, et que ces vexations les feront retourner à Londres, Aberdeen ou Glasgow, d’où j’ai eu tant de peine à les avoir.

En vérité, la conduite (des curés) me donne plus de peine que les prédicants, qui finiront par les remplacer entièrement, si les premiers ne sont pas plus sages.

Intéressante constatation, par un fonctionnaire catholique, les progrès faits par les protestants, en même temps que de leurs justes revendications.

La naissance des enfants, les mariages, les décès devaient, d’après l'édit de 1787, être inscrits sur des registres spéciaux qu’on trouve en effet souvent dans les archives des greffes des tribunaux civils, mais pour deux années seulement 1788 et 1789.

On y voit aussi enregistré ou, comme disait le texte de l'édit, " réitérés ", les mariages contractés par les protestants devant un pasteur ; et c'est ainsi qu'on vit certainement des vieillards de Walincourt, Caudry et autres lieux venir en groupe faire enregistrer au chef-lieu du bailliage des unions bénies à Tournai 15, 20, 30 ans auparavant ! Un cimetière spécial est affecté aux protestants.

Premier temple de Walincourt

Vers 1787 également se place la construction d'une " maison de prière " à Walincourt : que de chemin parcouru depuis les années si récentes encore, où les assemblées se tenaient en secret dans les bois ou tout au plus dans une grange isolée ! " Il y a vingt ans environ que notre temple est construit", écrit en 1805 à Rabaut le jeune un " ancien " de Walincourt dont nous reparlerons bientôt, Jean-Baptiste Roussiez. Ce premier temple de Walincourt était situé dans la rue de Cheminet, il avait l'aspect d'une maison ordinaire : ç'avait été l'une des conditions " officieuses " de son existence; il a été détruit seulement pendant la guerre de 1914-1918.

(Suite du document)


Précédente Accueil Remonter